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Pour se souvenir des Suisses qui émigraient

« La Chanson des Regrets» 
coup de cœur de Philippe Savoy

Peux-tu nous décrire l’œuvre en deux mots ?

Cette petite perle de la production musicale d’André Ducret est tirée de la pièce de théâtre avec chœur « Croix du sud ». Le texte est de la fantastique plume du grand Emile Gardaz. Elle raconte l’exil des fribourgeois vers le Brésil (qui allait donner naissance à la ville de Nova Friburgo). Un départ d’Estavayer-le-Lac puis on arrive aux Pays-Bas. Là-bas, on attend les bateaux… qui ne viennent pas. Il fait froid, il fait « faim », on tombe malade et on se demande : « Que font-ils au village ? ». En filigrane, le doute s’installe et on se demande si on a bien fait de partir…. Ce chant associe une grande force expressive à une ligne musicale dont la simplicité est bouleversante.

Comment as-tu découvert cette oeuvre ?

J’ai découvert cette partition en la chantant sous la direction de son compositeur André Ducret. Il la présentait toujours en lien avec le spectacle qui avait marqué l’histoire du théâtre du Jorat : « Croix du sud ». C’était un plaisir de la chanter. Puis je l’ai programmée avec le Chœur St-Michel : les jeunes ont toujours eu infiniment de plaisir à la chanter. Et enfin, en 2019, l’ensemble vocal DeMusica (que je dirige également) a décidé de remonter l’intégralité du spectacle « Croix du Sud » avec l’Avant-Scène Opéra de Neuchâtel. Ce sont des moments inoubliables.

Qu’est-ce qui te plaît, touche ou fascine dans cette œuvre ?

Il y a dans cette œuvre à la fois une variété de couleurs (chœur d’hommes dans le premier couplet, chœur de dames dans le 2, nouvelle « orchestration » dans le 3 et le refrain toujours en tutti homophone) et une grande cohérence expressive. Les couplets avec les accords parallèles en premier renversement créent le climat incertain, bancal propre à l’attente des migrants. Le refrain sent la terre, le pays, et les lignes mélodiques S-B en mouvements contraires créent l’ouverture, l’espoir. La simplicité y est bouleversante et le chant « collectif – homophone » du refrain reste en tête comme si on l’avait toujours entendu ou chanté. Une vraie réussite !!

En quoi cette œuvre est-elle intéressante à l’heure actuelle ?

Dans un pays qui connaît l’opulence et le plein emploi en 2023, il me semble intéressant de faire mémoire de cette période sombre pour la Suisse lors de laquelle (à la suite de l’éruption d’un volcan en Indonésie), les récoltes ont été mauvaises pendant de nombreuses années sous nos latitudes. La faim et la misère ont conduit une génération vers l’exil. Aujourd’hui, cela nous semble inimaginable, et pourtant… Les migrants continuent, comme nous l’avons fait à l’époque, de chercher un meilleur avenir. N’oublions pas … et accueillons !

A qui recommandes-tu cette oeuvre ?

Je recommande cette œuvre à tous les chœurs. Le refrain s’apprendra rapidement et se chante dans la vraie tradition populaire. Les couplets sont plus complexes (à cause des parallélismes des accords suspendus…) mais permettent de progresser dans l’écoute des choristes. Il faut tout de même deux bons solistes (un homme et une femme) pour l’intonation des couplets. Comme les parties à voix égales sont à 3 voix, il faut tout de même un effectif en conséquence…